La pensée complexe

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Il existe une multitude de spécialités et des chercheurs très pointus dans tous les domaines. Cette ultra-spécialisation entraîne paradoxalement une difficulté dans l’appréhension du réel et présente le risque de sombrer dans un réductionnisme quant aux solutions à mettre en place pour résoudre un problème concret. La pensée complexe d’Edgar Morin se donne pour finalité de décloisonner les savoirs ainsi que de mettre en exergue les imbrications qu’entretiennent les domaines entre eux… Le terme complexe est cependant à entendre dans son sens étymologique, c’est à dire non ce qui est compliqué mais plutôt ce qui est tissé ensemble. Cet article ne prétend pas à l’exhaustivité mais vise à présenter brièvement la pensée complexe en l’illustrant par quelques exemples.

 

A qui profite la pensée unidimensionnelle ? Pourquoi renouer avec le complexe ?

Un mouvement continu de spécialisation

De l’antiquité jusqu’à la révolution industrielle, le savant était pluriel, le philosophe par exemple souvent également mathématicien. Ainsi Leibniz élabora sa théorie philosophique des monades mais inventa également le calcul différentiel. Descartes révolutionnait l’optique tout en écrivant le discours de la méthode et en opérant la dissociation entre l’âme et le corps (c’est cependant de la pensée cartésienne que découle en partie la spécialisation). Pascal qui s’intéressa aux nombres entiers, tentait dans le même temps de convaincre par la raison les sceptiques de l’existence de dieu.

Au 20 ème siècle, les exemples sont bien plus rares, du fait en partie de l’explosion des connaissances. On peut citer tout de même comme exception confirmant la règle, Bertrand Russel qui se pencha sur la théorie des grands ensembles et également sur le langage en tentant d’ailleurs d’y transposer ses analyses mathématiques…

Au début du 19 ème siècle, Wilhelm Von Humbolt réforme de l’université Prussienne. Cette réorganisation instituant d’une part un lien étroit entre recherche et enseignement, d’autre part un mouvement de spécialisation et d’uniformisation, va s’étendre rapidement aux autres pays Européens… Cette réforme est paradoxale dans le sens où elle homogénéise et accroît donc la spécialisation mais promeut également un savoir déconnecté de tout utilitarisme et d’objectifs quantifiés.

Dans « le monde de l’esprit », l’épistémologue Dilthley consacrera et théorisa la coupure entre mathématiques et philosophie avec sa dichotomie entre sciences de na nature et science de la culture. Selon lui, nous devons analyser la nature et comprendre la vie de l’âme.

Cette spécialisation en branches n’aura cesse de s’amplifier au 20 ème siècle, si bien qu’aujourd’hui on peut se demander à l’instar de Pascal si l’homme est un roseau mais plus seulement qu’une sorte de roseau technicien incapable de penser, participant malgré lui au divertissement….pascalien… La spécialisation a en effet atteint son paroxysme, nous avons de bons employés du savoir, mais les liens entre les matières et connaissance n’existent presque plus.

A qui profite l’unidimensionnalité ?

Pour Marcuse, « la pensée unidimensionnelle est systématiquement favorisée par les faiseurs de politique et par leurs fournisseurs d’information de masse ». Ainsi « l’homme unidimensionnel marcusien » façonné par les mass médias et la pensée unidimensionnelle sont liés.

L’homme spécialisé crée la pensée unidimensionnelle qui elle même renforce le premier et ainsi de suite. A une hyper spécialisation des tâches et division du travail, s’associe une hyper division de la connaissance, à priori efficiente. Le réductionnisme ainsi que la disjonction des savoirs apparaissent par conséquent en parfaite symbiose avec le capitalisme moderne et permettent d’occulter systématiquement l’intégralité d’un problème en l’isolant dans une partie : économie, immigration, psychiatrie, environnement, biologie... Le véritable chercheur se doit de faire émerger les liens qui n’existent à priori pas au premier abord. Nous pouvons illustrer avec quelques exemples :

– immigration : d’une part nous avons les partis politiques xénophobes ou individus hostiles à l’immigration ne voyant par essence dans l’immigré qu’une charge pour le pays et un potentiel délinquant. D’autre part des « gauchistes bisounours » prêts à accueillir toute la misère du monde dans leurs discours mais contournant la carte scolaire afin que leurs enfants ne soient pas concernés par la diversité. Au delà de cette opposition certes un peu caricaturale, il faut bien comprendre que l’immigration n’est jamais ou rarement un choix mis à part pour les gagnants de la mondialisation.

Sans sombrer dans une logorrhée Barèssienne, l’homme est plutôt par nature enraciné dans son territoire d’appartenance, préférant sa mère aux autres mères, sa famille aux autres familles, son village aux autres villages et sa nation aux autres nations. Ceci est tout à fait naturel, logique et ne signifie en aucun cas la haine de l’autre… Il faut bien évidemment limiter l’immigration sans pour autant tomber dans l’excès et la démagogie, tout en démontrant les causes comme le fait par exemple Michel Onfray : l’idéologie humanitaire culpabilisante conjuguée aux intérêts des complexes militaro-industriels légitiment moralement les guerres, déstabilisent les pays du moyen-orient pour des intérêts économiques.

– dette publique : l’exemple de la dette publique est intéressant et saisissant, la considérer comme un problème est selon moi une construction idéologique visant à légitimer les politiques économiques libérales comme je l’expliquais dans un article. Le déficit est environ de 85 milliards quand la fraude fiscale est de 100 et le service de la dette de 55, ce qui signifie que notre budget pourrait tout à fait être excédentaire. De plus on omet systématiquement les effets positifs qu’un déficit budgétaire peut présenter sur la longue durée en terme notamment d’investissement et de solvabilisation de la consommation. Les économistes orthodoxes vendus au conseils d’administration répètent à foison sur BFM buisness leur litanie libérale : « il faut réduire la dette », « 57 % de dépense publique c’est trop »…

– psychiatrie : l’individu dit pathologique doit redevenir normal, tout en omettant bien sûr le côté pathologique de la normalité actuelle : sans nier les caractéristiques individuelles des dépressions, on ne s’intéresse que très peu à la dimension collective et à l’influence de la société individualiste sur les malaises ressentis.

C’est d’ailleurs la question que développait en partie Freud dans son « malaise de la civilisation » avec son analogie entre la pulsion de mort présente dans l’inconscient individuel et celle qui se développait exponentiellement dans la civilisation au niveau collectif avec la première guerre mondiale et les destructions.

De nos jours l’impact de l’accélération des transformations sociétales sur les pathologies actuelles est considérable (ce qui nous renvoie à mon article précédent sur le temps). C’est bien sûr par exemple le cas des « burn outs » qui se développent dans les entreprises et entraînent des dépenses de santé exponentielles qui pèsent sur les finances publiques. Un économiste ou politique orthodoxe raisonnant sur le court terme, affirmera cependant qu’il faut augmenter la productivité dans l’entreprise sans se soucier des dépenses de santé engendrées par le stress.

Nous venons d’aborder trois sujets très différents au hasard. Le technicien économique affirmerait doctement « réduisons la dette », l’électeur front national « virons les immigrés », le gauchiste « il y’a la guerre là bas, qu’ils viennent chez nous », le psychologue ou psychiatre « comment réintégrer cet individu dans le monde de l’entreprise ». Il est toutefois possible d’établir un lien entre ces questions, une sorte de cause des causes : nous ne traitons pas ces problèmes à travers un prisme d’analyse neutre du fait de la toute puissance de la sphère économique sur l’ensemble des dimensions de la société. Par ailleurs nous n‘analysons pas les questions dans leur intégralité. Tous ces personnages font par conséquent inconsciemment le jeu du néolibéralisme mais évidemment cette logique les dépasse .

 D’où l’intérêt d’une pensée complexe dans l’appréhension du réel

Henri Laborit fonde le concept de « pensée complexe » suite aux réunions du « groupe des 10 », qui sera ensuite porté et approfondi par Edgar Morin. Il s’agit de passer de l’analytique au systémique afin de mettre en exergue les interdépendances. Nous pouvons développer très succinctement quelques aspects fondamentaux développés dans les volumes de la « méthode » :

– La cybernétique ou la causalité circulaire.

C’est sans doute le point central de la pensée complexe. La cybernétique fut développée par Norbert Wiener. Il s’agit de la science qui étudie les mécanismes de régulation chez les êtres vivants et les machines. Il s’intéresse de plus près au concept clef du mathématicien qui est le principe rétroaction selon lequel l’effet d’une cause amplifie la cause initiale. On parle ainsi de boucle de rétroaction…

Les exemples sont nombreux, notamment en ce qui concerne la guerre, la biologie, la physique ou l’économie…

Edgar Morin prenait l’exemple des conflits armés où un tout petit incident peut déclencher une guerre mondiale et des millions de morts. Par exemple l’assassinat de l’archiduc Ferdinand, héritier du trône de l’empire d’Autriche-Hongrie et le système des alliances entraîneront une escalade des tensions se finissant par une hécatombe.

L’économie est peut-être le domaine où ces principes sont les plus fréquents, en particulier avec la bourse et la spéculation.

Lors de la crise de la dette grecque les agences considéraient comme objectifs le taux des crédit default swap ( CDS, assurances pour les investisseurs en cas de faillite d’un Etat). Ces CDS étaient toutefois devenus des instruments de spéculation à l’instar de n’importe quel autre titre (action, obligation…). Il suffisait donc que les agences baissent d’un cran la note (par exemple de B à C) pour que le taux des crédits augmentent (amplification de la méfiance), induite par une spéculation à la hausse sur ces titres. Ces derniers montant, l’agence de notation dégradait encore davantage la note du pays et ainsi de suite. La confiance envers la Grèce s’écroulait, on craignait que l’État fasse défaut. Les taux d’intérêts pour l’État Grec augmentaient encore, ce qui alourdissait le poids de la dette. On est donc bien dans cet exemple en présence d’un principe de rétroaction : l’effet d’une cause (baisse de la note) entraîne une note encore plus basse….

Un autre exemple est « le paradoxe de la tranquillité » développé par l’économiste H.Minsky. Lorsque le climat économique est à l’euphorie, les anticipations de profit sont élevées, les banques prêtent donc très facilement, amplifiant la tendance initiale. En revanche lorsque un choc advient la tendance se retourne, les banques prêtent moins que ce qu’elles devraient puisque elles anticipent des profits faibles et des faillites…

En physique, on peut par exemple illustrer ce phénomène avec la hausse de la température et la vapeur d’eau. Lorsque la température augmente, le taux de vapeur d’eau augmente également. Or cette dernière est un des gaz à effet de serre. Par conséquent la température continue d’augmenter de manière rétroactive … C’est une rétroaction positive, puisqu’elle amplifie le mécanisme de réchauffement.

La rétroaction est proche de la « la récursion organisationnelle », autre principe développé par Edgar Morin. Il s’agit d’une sorte de rétroaction mais qui produit en permanence de la nouveauté.

Il affirme à ce sujet : «  au-delà du principe de la rétroaction feed-back, il dépasse la notion de régulation pour celle d’autoproduction et auto-organisation. C’est une boucle génératrice dans laquelle les produits et les effets sont eux-même producteurs et causateur de ce qui les produit. Ainsi, nous, individus, somme les produits d’un systèmes de reproduction issu du fond des âges, mais ce systèmes ne peut se reproduire que si nous-même en devenons les producteurs en nous accouplant. Les individus humains produisent la société dans et par leurs interactions, mais la société, en tant que tout émergeant, produit l’humanité de ces individus en leur apportant le langage et la culture. »

Ainsi nous reconnaissons ici l’influence de la sociologie constructiviste avec l’idée d’interaction constante entre l’esprit et la réalité. L »homme produit la société qui produit l’homme en retour mais s’ajoute ici l’idée d’autoproduction dynamique.

– théorie des systèmes :

En sociologie, T. Parsons développa une théorie systémique : les sous systèmes sociaux et culturels sont liés entre eux dans un tout cohérent où la contradiction ne peut demeurer dans le temps long au sein de la société. Si le fonctionnalisme énonce que toutes les actions des individus remplissent des fonctions au sein de la société (même les plus inutiles ou anondines), l’idée d’un tout supérieur est ici absente.

Chez Aristote en revanche « la totalité est supérieur à la somme des parties ». Edgar Morin s’inscrit quant à lui dans cette lignée en énonçant qu’« il existe des qualités émergentes, c’est-à-dire qui naissent de l’organisation d’un tout, et qui peuvent rétroagir sur les parties ».

Une cellule peut par exemple se reproduire et métaboliser, en revanche les molécules composant cette même cellule ne le peuvent isolément. Cette théorie peut toutefois être dangereuse lorsqu’elle est transposée à l’économie politique avec par exemple la notion de jeu à somme positive chez Adam Smith légitimant le libre échange…

– la théorie de l’information

La théorie de l’information étudie les différentes manières de traiter l’information (écrit, oral, presse, informatique…). Au début du 19 ème siècle Carnot établit les deux principes de la thermodynamique.

D’une part toute transformation mécanique peut se transformer en énergie chimique ou électrique et inversement. D’autre part toute l’énergie ne se transforme pas intégralement, un résidu se dégradant . Il existe donc un état stationnaire calorifique, or il s’agit d’un état de désordre.

Ainsi ces principes remettent en causes les lois déterministes du monde, l’ordre de ce dernier au-delà de la physique et de la biologie est probablement basé sur un certain désordre. Le monde n’est plus règle comme on le pensait jusqu’alors. La théorie de l’information vise à passer de l’ordre au désordre, et à établir une certaine relation entre une complexité organisée et désorganisée…Elle permet ainsi une certaine organisation entre ordre et désordre. Par exemple, l’annonce brutale de la mort d’un dictateur produit du désordre, en revanche la victoire ou la défaite d’un camp produit de l’ordre…

– Le principe hologrammatique

La campagne électorale fut une illustration magistrale de ce principe avec le Merluchon 2.0 apparaissant à la fois dans 6 endroits différents. Non il ne s’agit pas de l’ersatz de Robespierre bien sûr mais du principe selon lequel la partie est dans le tout et le tout dans la partie : l’individu est par exemple à la fois partie de la société mais détient également la société en lui (langage, norme, culture). Il est par ailleurs à la fois partie du cosmos mais dispose de ce dernier aussi en lui (à travers les particules, les atomes de carbone…)

– La dialogique

Ce terme ne doit pas être confondu avec la dialectique hégelienne, où la synthèse est censée émerger d’une confrontation préalable entre thèse et antithèse. Dans la théodicée de Leibniz le mal est nécessaire pour appréhender le bien, ce dernier n’existant pas sans le premier. Ces deux principes à priori contraires apparaissent donc à la fois comme complémentaires.

Selon Edgar Morin il faut également associer des principes antagonistes comme par exemple l’ordre et le désordre. L’idée de complexité désorganisée ou désordre vient du deuxième principe de la thermodynamique de Carnot (perte d’énergie), des découvertes récentes en matière de « trous noirs » (qui créent du désordre en se désintégrant) ou du principe d’incertitude d’Heisenberg selon lequel il est impossible de mesurer à la fois la vitesse et la position exacte d’une particule. Par exemple, des interactions fortes entre les neutrons et protons ont formé un noyau stable, puis des atomes et enfin des molécules, créant ainsi l’ordre cosmique…. Par ailleurs, la pérennité du corps vivant dépend d’un équilibre permanent entre les processus d’autodestruction des cellules et leur renouvellement. L‘ordre naît par conséquent souvent du désordre . Ils sont par ailleurs complémentaires et nécessaires afin que les organismes se régénèrent. L’anthropologue Georges Balandier évoquait d’ailleurs le peuple Dogon du mali pour lequel l’absence de mouvement signifiait la mort, tout comme l’excès de mouvement.

La méthodologie scientifique obéit également à la dialogique, dans le sens où les opposition apparente entre empirisme et rationalisme est féconde. La méthodologie unijambiste quant à elle n’est pas féconde sauf quand il s’agit de finance, de titrisation et de…pantalons…

Pour quelles applications concrètes ?

L’application de la science du complexe dans l’appréhension de la réalité est encore relativement peu fréquente. Des tentatives ont tout de même eu lieu dans certains domaines :

– Guerre : durant la guerre froide, l’ordre mondial se maintenait grâce à un équilibre des puissances entre deux blocs, le désordre créait par conséquent de l’ordre. Après la chute du mur de Berlin, Francis Fukuyama évoquait la création d’un ordre mondial unipolaire partageant les mêmes valeurs (démocratie, marché…). La pensée complexe nous incite donc à penser que cette théorie est invalide. En effet les tensions perdurent, nous le voyons tous les jours avec la montée des guérillas, du terrorisme islamiste.

– Economie  : l’idée « hayékienne » selon laquelle en concurrence pure et parfaite l’ordre naît spontanément est aujourd’hui remise en cause. Par exemple les théories et modèles de la croissance économique prennent en compte son instabilité intrinsèque afin d’étudier les fluctuations : à des périodes d’expansion, suivent des crises et ainsi de suite. Les chocs de demande, d’offre ou le cycle du crédit (qui amplifient les tendances dans un sens comme dans l’autre), expliquent les variations observée. Le modèle d’Harrod-Domar évoque ainsi par exemple une croissance sur le « fil du rasoir »…

– psychopathologie : Max Pagès a développé une théorie prenant en compte les aspects de la biologie, du social et du psychisme afin de cerner un individu.

Géographie : Les travaux de l’école des annales ont redonné de l’importance à la spatialité et ont tissé des lien entre géographie et économie (Braudel…). Certains géographe analysent aujourd’hui le système mondial comme une interconnection entre des niveaux d’organisations divers (local, étatique, mondial avec le fmi, l’omc, la banque mondiale…) et divers leviers d’actions (idéologie, monnaie, géopolitique, écologie….)

– Prospective : auparavant la prévision consistait à prolonger les tendances en cours afin d’analyser l’avenir. Aujourd’hui on admet toute sorte de bifurcations possibles, d’interactions, de phases successives….

 

Ainsi le pensée complexe permet d’appréhender le réel de manière globale en mettant en exergue les liens entre les divers domaines et d’éviter les écueils que présentent la spécialisation et le réductionnisme. Cette dernière apparemment efficiente ne l’est pas nécessairement mais permet de présenter comme évidente des problèmes et des solutions qui ne le sont pas. Cette méthode est encore au stade d’ébauche et demande à être développée. Le risque est à éviter cependant est de tomber dans une sorte de superficialité.

 

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