Sale pédé !

L’homophobie se porte bien. Elle s’est toujours bien portée. On aurait pu penser qu’avec l’évolution des mentalités depuis les années 70, depuis la mort de Harvey Milk en 78, les choses auraient évolué, que gay pride et lobby LGTB des délires réacs oblige, tout le monde s’accorderait sur le fait que l’homosexualité est une sexualité comme une autre, mais apparemment pas. Récemment, elle a permis à un médiocre de télé (pardon pour le pléonasme) de se faire un peu de scandale pour pas cher. L’imbécile a perdu des sponsors à son émission de merde, et comme c’est un animal médiatique, il sait parfaitement que ce qui compte, c’est le scandale plus que la perte de marques qui reviendront par la petite porte. En France, ce pays de la tolérance mondialement reconnu, l’association le Refuge remarque une augmentation de 20% des agressions homophobes en 2016. Agression qui vont des insultes au séjour à l’hôpital. Et chaque jour l’association reçoit des appels d’homos en détresse, filles et garçons, qui se retrouvent face à la difficulté de vivre leur vie en milieu hostile.

 

La vision globale que l’on a de l’homosexualité en France est trompeuse. On s’arrête aux gays prides, à Act Up, au Marais, au Mariage pour Tous voulu comme une révolution sociétale et qui accouche en réalité d’une souris. On se fixe sur cette image médiatique de la branchitude pédé et parisienne, celle qu’aime nous vendre le cinéma entre autre, la consommable, compréhensible par l’hétéro « tolérant » du pédé flamboyant, coloré, et sofunny, de la lesb sexy et hardcore, et on oublie tout le reste. On oublie Mourad ou Amina qui ne doivent surtout pas montrer leur désir au risque de se faire détruire par le quartier ou leur famille. On oublie Kevin ou Cynthia qui rêvent en secret dans leur trou du Vercors et savent qu’ils seront également condamnés s’ils s’assument devant tout le monde. On oublie Jean-François ou Jacqueline, tous les deux mariés par obligation et qui toute leur vie se sont caché comme des alcooliques. On oublie Alain, Jean-Paul, Louise, et Dieu sait qui encore qui ne seront jamais des Apollons des salles de gym, vivront leur homosexualité dans quelque club paumé de province avec Jean le barman cuir et tapette jusqu’au bout des ongles, et le karaoké le samedi. On oublie qu’au-delà d’être devenu une culture en soi, avec ses codes, son langage, ses figures, l’homosexualité est simplement une forme de sexualité et rien de plus. Mais pas n’importe laquelle toutefois, une sexualité qui fait peur. Et pas seulement qu’aux hétéros.

 

La honteuse ou la terreur des hétéros.

Si votre entourage et votre famille ont toujours vu la question de la sexualité comme une affaire privée qui ne regardait que vous, mais dont étiez libre de parler si vous le vouliez. Si vous avez été élevé dans un environnement tolérant et protecteur, au sein d’un groupe social ouvert. Si même la question de vos appétences sexuelles n’en est pas une. En gros si vous avez été élevé dans une tribu amazonienne ou Papou et pas dans la sphère occidentale, au Maghreb ou au Moyen-Orient par des parents lambdas, vous ne pouvez pas comprendre la difficulté qu’il y a de se réveiller un jour troublé par l’érotisme de quelqu’un de votre sexe. Et si vous prétendez que ce ressenti ne vous est jamais arrivé à aucun moment de votre vie, que cette affaire ne vous a jamais traversé l’esprit, alors vous vous mentez, tout simplement. La difficulté qui est de l’admettre et plus encore de le vivre. De toucher, de caresser, de baiser cet autre-là. Sans honte, sans mal, sans culpabilité. J’ai connu des pédés qui ont attendu l’âge de trente ans pour s’admettre, et quelques aventures pour l’afficher sans remords. Et d’autre, de la génération d’avant qui devait se rendre dans les pissotières ou très loin de chez eux sur les plages des enfants sauvages, pour se libérer. Pasolini n’en est pas mort, mais ce fut manière de le prendre au piège. La société bourgeoise abhorre plus que toute l’homosexualité. Elle fait mine de s’en accommoder au travers de ses artistes et de ses figures, mais cette sexualité-là est une sexualité apurée de la reproduction, une sexualité du désir, du jouir, de la sensibilité de la sensualité ou simplement de l’intime amitié. N’oublions pas comment les grecs, par exemple, concevaient l’amour platonicien. Amour dont étaient totalement exclues les femmes. Mais au-delà même du corpus social, ce trouble-là, cet érotisme-là qui guette parfois un homme ou une femme au détour d’un regard, d’une rencontre, remet fondamentalement une orthodoxie pour laquelle nous nous croyons programmés à la naissance. Tout nous le dit, pas seulement la société, l’exemple de nos parents et de la majorité, un homme est attiré par une femme et réciproquement et c’est « dans l’ordre des choses ».

 

Non ce n’est pas simple de se réveiller un jour, même si ce n’est qu’un instant dans sa vie, avec ce doute, ce possible, qu’on n’est peut-être pas dans la norme, dans « l’ordre des choses ». Ça l’est d’autant moins que le désir sexuel marque pour l’essentiel le passage de l’enfance à la vie adulte au sens large. Il y a donc ici double combo à assumer en même temps, que son ventre a des besoins, et que ces besoins ne sont pas ceux de tous. Or il faut bien dire ce qui est, les adultes, les véritables adultes, les hommes et les femmes qui s’assument sans honte, ça court pas les rues. Et vous voilà l’opprobre de ceux qui n’assument pas. Tous ceux particulièrement qui ont un jour ressenti ce trouble pour leur copain de chambrée ou Dieu sait qui, mais le rejettent avec violence sur le pauvre couple qui passe main dans la main. Pas le droit d’être amoureux en public voilà la honteuse.

 

Il existe globalement trois types d’hétéro, les hétéros qui s’assument et pour qui les termes de leur sexualité ne sont pas une question, quel que soit ce qu’ils ont pu ressentir parfois au cours de leur adolescence par exemple. Il y a ceux qui vous affirmeront que cela ne leur a jamais traversé l’esprit, mais que ça ne les empêche pas d’être tolérant. Et puis il y a les honteuses.

 

Toutes les honteuses ne sont pas homophobes, mais la plupart des homophobes le sont. Les honteuses ont ressenti un jour quelque chose de l’ordre du trouble, que ce fut le dégout de s’imaginer comme ces deux-là, embrassé par une fille quand on en est une, ou une attirance physique remettant en question tout le petit château de cartes de l’alpha que tout mâle aime s’imaginer être. Quelque chose d’inacceptable pour soi, comme si le baiser de deux amoureuses atterrissait sur nos lèvres, comme si notre propre trouble était un viol de nos plus intimes convictions. C’est inacceptable, mais il faut bien que ça se manifeste d’une manière ou d’une autre. Le rejet d’abord, par la violence, verbale ou physique. Et puis, pour nous les mecs, par un accommodement avec les codes masculins. « Les films de garçons » comme disent les filles sont remplis d’amitiés viriles et musclées, il est de bon ton de prendre sa douche ensemble après le sport, et tant pis pour la pudeur, on est entre mecs, des vrais ! On se gonfle les bras à la fonte, on se rase le crâne, on porte le bouc et des teeshirts fun, on adopte la culture et la mode pédé en braillant qu’on en n’est pas. Et quand on croise deux filles ensembles, on se rassure en se disant qu’elles n’ont pas connu le vrai mâle. Fantasme courant de l’hétéro de base, convertir une lesbienne à sa religion. Je vous rassure, c’est également un fantasme courant chez les pédés. Sauf que si le premier cas retient le plus souvent du seul rêve, le second est courant. Les travelos du bois de Boulogne peuvent en témoigner. Les alentours de Roland-Garros où de virils camionneurs défilent avec leur bahut également.

 

La mythologie au service de la peur.

L’homophobie et tous les interdits afférents à l’homosexualité ont évolué à mesure du temps et des civilisations. Même en terre d’Islam si l’on en croit les souvenirs de Casanova, si l’on pense par exemple à la coutume des Basha Posh ou des Basha Bazi en Afghanistan et au Pakistan. C’est amusant même si c’est logique de remarquer même que ce sont dans les sociétés les plus machistes où l’on trouvera des traditions de travestis les plus affirmées, comme les Touloulous du carnaval en Guyane et dans les Caraïbes. Ou dans le très catholique Brésil et à vrai dire, toute l’Amérique du Sud à en juger de la nationalité de ceux qui vivent ici. L’Antiquité, la Renaissance et probablement la préhistoire n’avaient pas nos pudeurs. Michel-ange tapissera la Chapelle Sixtine de zizi au grand scandale du pape, Pompéi est couvert du témoignage d’une sexualité libre même si pourtant le tabou de l’homosexualité intervenait bien dans une Rome virile et conquérante. La Grèce, l’Egypte ancienne avait une sexualité codifiée, mais une liberté d’approche qui va s’étioler avec la propagation des religions monothéistes.

C’est écrit dans l’Ancien Testament, Sodome et Gomorrhe ont été rayées de la carte, et l’acte en lui-même est considéré comme une abomination. Ce même fondamental prétexte de la Bible qui autorisa l’occident à mettre en place l’esclavage ou justifier l’antisémistisme. Ce même fondamental interdit qui imprègne implicitement la violence et la haine institutionnalisée contre les homos en Russie, Tchétchénie, Indonésie, dans quelques états chrétiens, et globalement tous les pays musulmans ou à peu près. Instrumentalisée par les pouvoirs en place, elle fédère à peu de frais les petits esprits, les honteuses, les frustrés et toute la très nombreuse smala de mecs qui ont besoin de se rassurer sur leur virilité. Car si c’est bon de se sentir plus fort face à deux petits pédés effrayés, si c’est bon et ça rassure sur sa nature de mâle alpha de ses rêves, c’est encore meilleur de se dire que l’état et Dieu lui-même sont d’accord pour le massacre. Ce n’est plus contre son propre dégoût de soi qu’on cogne, c’est pour une cause plus grande. L’exemple vient toujours du haut non ? Un tribunal russe a donc désormais interdit de représenter Poutine comme l’icône qui illustre l’article. Des témoignages parlent de camps de concentration pour homosexuel en Tchétchénie. Et on ne compte pas la longue litanie d’horreur qu’on estime en droit de faire à l’encontre d’un homme ou d’une femme pour qui l’homosexualité s’est toujours imposée comme une évidence. Parce que finalement, nous ne faisons pas le choix de notre instinct. D’ailleurs qui peut affirmer que sa sexualité n’a pas évolué avec le temps ? Et ce, sans forcément sortir des bornes de l’orthodoxie.

 

L’éducation sexuelle pour les nuls

La phobie russe pour l’homosexualité, son institutionnalisation à travers autant l’état que l’Église orthodoxe ou l’islam de Kadyrov. La puissante séduction qu’exerce l’autoritarisme viril et voulu comme quasi-érotique d’un Poutine vis-à-vis d’un certain nombre de citoyens européens. La montée en force de l’extrême droite et plus généralement de la réaction a encouragé une certaine banalité dans les actes homophobes. Mais il faut bien reconnaitre que depuis longtemps, bougre, pédé, tarlouze, inverti, gouinasse font partie du vocabulaire banal qui siffle aux oreilles d’un ou une homosexuelle au cours de sa vie. À plus d’un titre ce rejet quasi-irrationnel s’explique autant par la culture, la religion que ses propres conflits sexuels. Mais au-delà de ça, je crois qu’il tient de ce simple tabou concernant la sexualité en général.

 

De toutes les femmes que j’ai pu connaitre, amie ou maitresse, rares étaient celles qui pouvaient me décrire leur relation physique passé en terme élogieux. La plupart décrivait des handicapés à leur propre sensualité, mécaniquement programmés à faire leur petite affaire sans se préoccuper de l’autre. Tandis que les femmes, plus au fait de leurs corps, mais plus cérébral se pliaient aux conventions sexuelles sans tenter de faire l’éducation de leur partenaire. Comme un jeu de rôle aux règles préconçues et dont personne n’oserait sortir. L’éducation sexuelle, que ce soit par l’auto érotisme ou sous un autre angle que médical est mal vécue parce qu’encore une fois, elle échappe aux strictes règles de la reproduction. Mais aussi parce qu’elle appelle à libérer nos instincts. Après tout, si on y réfléchit le lit est le seul endroit au monde où nous sommes libres de nous affranchir des conventions, de notre statut social, des règles de moral, des lois, dans la mesure d’un consentement mutuel. Dans le lit, la société, notre milieu, tout ce qui nous aliène au quotidien peut ne plus avoir aucune prise si nous le désirons. Sans doute pourquoi les sociétés monothéistes ont tant de mal avec l’acte sexuel. Il nous rapproche de l’animal, fait appel à des instincts primitifs et en même temps se lit et se lie au travers du filtre de la sophistication, de l’acte pensé, fantasmé, construit et codifié propre à la sensualité de chacun et à sa capacité à l’exprimer. Une habile combinaison entre la loi de la nature et celle propre à chaque individu.

 

L’illusion qu’entretient la généralisation de la pornographie, ou bien une libération sexuelle pas le moins du monde libre, laisse à croire qu’en ce temps d’hédonisme, de jouissance individuelle, cette même pornographie n’est pas une forme de normalisation de l’acte en lui-même. Qu’éduquer nos gamins sur le terme de leur sensualité est inutile considérant ce qu’ils ont pu voir dès onze ans. Comme si une relation sexuelle se limitait à la seule gymnastique et pas avant tout à notre ressenti. Ce ressenti qu’apprennent à refouler les honteuses au point de projeter leur haine d’eux-mêmes sur autrui. Ce ressenti que doit affronter un jour un garçon ou une fille face à l’autre, de son sexe ou non. Ce ressenti que rejette ou codifie strictement la société musulmane et judéo-chrétienne au point de l’hystérie. Sans jamais y parvenir parce qu’en réalité, la sexualité est indomptable. Et c’est précisément ce qui effraie dans l’homosexualité, elle est la manifestation concrète de cette indomptabilité. En dépit des homos que l’on jette des immeubles, de ceux qu’on torture en public, en dépit des crachats, des coups, des insultes, de l’opprobre sociale, elle s’affirme et se manifeste au-delà même de la volonté. Et c’est ce qui notamment terrorise le petit garçon qui sommeille dans la plupart des hommes, l’idée de perdre le contrôle sur son zizi. L’idée que si ça se trouve, il est pédé sans le savoir. 

 

Assez curieusement, c’est exactement le même fantasme, la même peur projetée face aux psychopathologies, ce que l’on a coutume d’appeler la folie. Une peur comme un reflet de l’autre en soi. La sexualité de l’autre interroge la nôtre comme l’état mental d’untel interpelle nos doutes. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas par hasard si pendant des années l’homosexualité était assimilée à une déviance mentale par l’OMS. Une peur qui retient de l’angoisse de la perte de contrôle, du basculement involontaire, de la trahison sur soi. Et finalement, tout ce que traduit l’insulte que j’ai choisie pour titre. Le terme de l’impuissance.

 

Fondée en 2003, le Refuge s’adresse à toutes les victimes d’homo ou de transphobie. Une part constante et majoritaire de garçon entre 18 et 25 ans, précarisés, issu de milieu marginalisé ou non et qui aujourd’hui, en dépit des efforts de l’association pour les héberger, leur assurer, aide médical, juridique, et surtout écoute, se retrouvent au mieux à loger chez un tiers, au pire à la rue et sans ressource pour une majorité d’entres eux. En France l’homophobie est désormais punie par loi, mais rien n’est pensé pour ces jeunes qui se retrouvent victimes de celle de leur famille. L’âge d’admission au RSA a été baissé à 25 ans, en dessous, il faut justifier d’enfants à charge. Autrement dit, entre 18 et 25 ans une jeunesse sacrifiée, laissée-pour-compte et bien entendu surexploitée par un monde du travail sans scrupule. Face à ce nœud gordien, il faut être sacrément costaud pour assumer sans mal sa sexualité ou avoir de la chance d’être né dans une famille aimante et compréhensive. Mais le plus souvent, c’est juste l’absence de choix qui s’impose et c’est parfois le plus douloureux. Victime de son succès, de sa médiatisation très parisienne, l’association est accusée d’avoir menti en prétendant qu’un des jeunes harcelés par l’imbécile de télé, Cyrile Hanouna, les aurait appelés suite à l’émission. Le CSA a été assailli de plaintes sans effet, la chaîne s’en lave les mains, les marques ont fait leur petit numéro, sincère ou non. Et dans la tête du lambda voilà un incident sans importance, voire monté en épingle par le fameux lobby gay. Vrai ou non, peu importe, le Refuge remplit son rôle comme le prouve ces témoignages : https://www.youtube.com/watch ?v=gQ0RRE7I830 . Là où la pitoyable « blague » de l’animateur de l’idiocratie nationale est la partie émergée d’une société immature sexuellement, malade de ses propres névroses et incapable de se regarder en face.

 

par

pirate

 

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