Libéral ! ça veut dire quoi ?

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Libéral, le mot sonne bien, il semble parler de liberté, mais il s’agit d’une liberté à sens unique, comme l’expliquait le grand historien Henri Guillemin.

C’est aussi peut-être pour cette raison que les partisans de l’école privée l’avait appelée à tort « école libre », laissant sous entendre que l’école républicaine ne l’était pas…

Mais revenons au sens du mot libéral expliqué par Henri Guillemin.

Pour bien comprendre, il faut remonter aux premiers jours de la révolution française, et particulièrement à ceux des Girondins.

Ils étaient les premiers libéraux, et ne voulaient pas que l’État, la collectivité, interviennent dans les affaires privées, surtout dans les affaires commerciales.

En 1791, le ministre de l’intérieur et girondin Rolland (Jean Marie Roland de la Platière, de son vrai nom), s’était trouvé aux prises avec le problème du « maximum ».

À l’époque, les plus pauvres réclamaient l’intervention de l’État afin qu’il fixe un prix maximum pour le pain.

Ça ne faisait pas les affaires du girondin lequel avait fait une déclaration capitale, toujours d’actualité : « tout ce que le pouvoir, tout ce que l’État peut décider en matière économique, c’est qu’il n’interviendra jamais ».

D’un coté, du coté des profits, de la vente et des commerçants, l’État à les mains liées, et de l’autre ces mêmes industriels, ces mêmes commerçants, n’hésitent pas à se tourner du côté de l’État pour lui demander des avantages.

Par exemple, des concessions de mines, des concessions de chemin de fer, des primes à l’exportation…

Et Guillemin de conclure : « ce sont ces libéraux qui vont être au pouvoir pendant des décennies, costumés en républicains et qui ne pensent en réalité qu’à la protection des grands intérêts. Leur république, c’est la république des riches, dirigés par les riches, et au bénéfice des riches ». lien (curseur à 8 minutes)

C’est gagnant/gagnant pour les libéraux, puisque d’un coté l’État ne doit pas se mêler des affaires, mais de l’autre, ce même État fait l’objet de sollicitations permanentes afin d’avoir de l’argent.

Lamartine avait donné, dans son « histoire des girondins » une définition de la liberté économique : « la liberté économique c’est la liberté pour le commerçant et le riche de s’enrichir indéfiniment, et c’est la liberté pour le pauvre de mourir de faim, s’il ne peut faire autrement  ». lien

Voilà qui nous ramène dans notre bon 21ème siècle, ou ces paroles lucides et cyniques sont plus que jamais d’actualité, alors qu’en 2017 les 500 français les plus riches ont vu leur magot augmenter de 25% en 1 an. lien

L’expression « social-libéral » serait donc une incongruité, le mot « social » n’étant qu’une façade populiste destinée à masquer le mot « libéral », ce qui explique la politique ouvertement libérale qu’a mené l’ex-président, dont le relais est assuré aujourd’hui par le « ni gauche, ni droite » du nouveau président.

Il suffit de regarder de plus près la liste des 511 candidats de LREM, afin de constater qu’elle est constituée en majorité de personnes issues de la grande bourgeoisie, et autre classe moyenne privilégiée, liste dans laquelle on aura du mal à trouver le moindre ouvrier, même si quelques « employés » y sont maigrement parsemés, comme l’a constaté dans un article récent « Médiapart ».

Avocats, docteurs, lobbyistes, patrons, cadres, ils sont du « dessus du panier », la crème de cette « société civile », des gens « qui vont bien », et sont bien à l’image du nouveau président, même si le secrétaire général d’En Marche affirme que « nos candidats signent le retour définitif des citoyens au cœur de la vie politique  ». lien

Une république de privilégiés donc…

Pour ceux qui en douteraient encore, un détour par le Festival de Cannes s’impose afin de constater à quel point les privilèges perdurent, ne serait-ce qu’en remarquant que les invités arborent des badges de couleurs différentes, selon que l’on est « de l’intelligentsia », ou pas.

Le badge blanc est le top avec lequel tout vous est ouvert, des cocktails aux soirées privées, alors que le rose, moins valorisant, est destiné aux journalistes les plus réputés, ce qui leur permet d’éviter de poireauter des heures pour assister aux projections.

Quant au badge bleu, c’est un peu moins bien, au point que certains préfèrent ne pas le montrer ouvertement, tandis que le badge orange est destiné à ces professionnels qui font le pied de grue, avec leurs caméras, leurs appareils photos, au pied des marches.

Ne parlons pas du badge jaune qui ne sert quasi à rien, a part aux férus de la collection, fiers de l’ajouter à celui obtenu l’année précédente. lien

Bel exemple de libéralisme avancé…

C’est le moment de faire un tour du coté de JeanJacques Rousseau, plus que jamais d’actualité, lui qui écrivait : « le luxe nourrit cent pauvres dans nos villes, et en fait périr cent mille dans nos campagnes. L’argent qui circule entre les mains des riches et des artistes pour fournir à leur superfluité, et perdu pour la subsistance du laboureur ; et celui-ci n’a point d’habit, précisément parce qu’il faut du galon aux autres. Le gaspillage des matières qui servent à la nourriture des hommes, suffit seul pour rendre le luxe odieux à l’humanité. Il faut du jus dans nos cuisines ; voilà pourquoi tant de malades manquent de bouillon. Il faut des liqueurs sur nos tables ; voilà pourquoi le paysan ne boit que de l’eau. Il faut de la poudre à nos perruques ; voilà pourquoi tant de pauvres n’ont pas de pain ». lien

Des lignes qui n’ont pas pris une ride…

comme le disait récemment sur l’antenne de France Culture, Adèle Van Reeth, dans son émission « les chemins de la philosophie », citant le philosophe : « sitôt que le service public cesse d’être la principale affaire des Citoyens, et qu’ils aiment mieux servir de leur bourse que de leur personne, l’État est déjà près de sa ruine (…) c’est le tracas du commerce et des arts, c’est l’avide intérêt du gain, c’est la mollesse et l’amour des commodités, qui changent les services personnels en argent ».

« Dès lors que votre intérêt privé passe avant l’intérêt public, l’État​​​​​​​ court à sa perte ». concluait l’animatrice de France Culture. lien

Des mots qui ne plairaient pas aux libéraux girondins d’alors, et encore moins à nos libéraux d’aujourd’hui, prêts avec le duo Macron/Philippe à mettre le pays en coupe réglée, pour le plus grand profit des nantis, banques, entrepreneurs, et autres élites.

L’occasion de féliciter les éditions Slatkine qui remettent au devant de la scène le grand philosophe du 18ème siècle, en publiant un ouvrage essentiel « Les pensées de Jean-Jacques Rousseau, analyse matérielle textuelle », livre signé par Michel Termolle.

Cette production de 553 pages est essentielle, et bizarrement n’avait jamais été imaginée sous cette forme, car elle permet de décrypter la pensée Rousseauiste, présentant entre autre une mise en parallèle des maximes choisies par Jean-Jacques Rousseau et leur présence dans l’édition des Pensées, mais aussi des détails passionnant sur la vie du grand humaniste. lien

Un ouvrage qui pourrait être très utile aux candidats du prochain BAC littéraire.

Mais revenons aux libéraux…et aux législatives pour relever quelques situations qui promettent d’être gratinées.

En effet, Valls, humilié par le refus de son ex-ministre alors qu’il voulait se mettre à la Marche, se présente dans son fief d’Evry comme candidat, et va se retrouver face à 3 candidats des plus singuliers : Dieudonné, qu’on ne présente plus, (lien) le célèbre chanteur aux bottes de 7 lieues, Francis Lalanne en l’occurrence, pour le compte de son mouvement « écologiste et citoyen », (lien) mais aussi face à celui qui l’avait giflé lors d’un passage en Bretagne.

Celui-ci n’a manifestement pas digéré la punition que lui offert l’ex premier ministre, 3 mois de prison.

Il s’appelle Nolan Lapie, et nous donne rendez vous le 18 juin prochainlien

Un autre combat promet d’être passionnant, celui mené par François Ruffin, l’auteur du célèbre « merci Patron », co-initiateur des « nuits debout  », et rédacteur en chef de « Fakir  » lequel évoque la surdité sociale du nouveau président, (lien) face à l’« humoriste » frontiste, Franck Delapersonne, à l’humour discutable, comme l’a déclaré un certain Zohra Bitan, membre éminent des « Grandes Gueules ». lien

Sur l’air de « ils ont l’argent, on a les gens », Ruffin a rassemblé récemment 2000 personnes à Amiens, porté par son mouvement « Debout Picardie  » et sera soutenu par les Insoumis, par les écologistes d’EELV, par « Ensemble » de Clémentine Autain, et par le PCFlien

Il affirme qu’une fois élu, il se mettra au SMIC, et se dit révocable, et fera gérer sa réserve parlementaire par un jury populaire. lien

On pourra aussi regarder de plus près la rencontre choc entre le représentant de la cause animale Aymeric Caron, et l’ex-torera à cheval Marie Sara. lien

Comme disait Alphonse Allais, brulant la politesse pour une fois à mon vieil ami africain : « il faut prendre l’argent où il se trouve, c’est-à-dire chez les pauvres… bon d’accord, ils n’ont pas beaucoup d’argent mais il y a beaucoup de pauvres »…

L’image illustrant l’article vient de 2ccr.wordpress.com

Merci aux internautes pour leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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